Logo Flandre Systèmes - Bureau d'études Hauts de France - Lille

Bureau d’études en électricité industrielle

pourquoi un transformateur bourdonne ?

En bref : un transformateur électrique bourdonne parce que ses tôles au silicium se déforment très légèrement à chaque cycle du courant alternatif, un phénomène appelé magnétostriction. Ces micro-déformations, répétées 100 fois par seconde sur un réseau à 50 Hz, créent des vibrations transmises à la cuve et à l’air. Dans l’immense majorité des cas, ce bourdonnement est normal et ne signale aucune panne.

Un transformateur qui bourdonne, presque tout le monde l’a déjà entendu : dans une armoire électrique, près d’un poste de distribution, ou même derrière un simple chargeur mural. Le bruit est reconnaissable, continu, un peu grave. Beaucoup de gens l’associent à un moteur qui tourne quelque part, ou à un ventilateur de refroidissement. En réalité, la cause est ailleurs, et elle est plus intéressante qu’on ne le pense.

Ce n’est ni un moteur, ni un ventilateur, ni un circuit de refroidissement

Éliminons d’abord les explications les plus intuitives, celles qu’on entend le plus souvent sur le terrain.

Un moteur ?

Non. Un transformateur ne comporte aucune pièce mécanique en mouvement, aucun rotor, aucun roulement. Rien ne tourne à l’intérieur.

Un ventilateur ?

Non plus. Les petits transformateurs (transfos de sonnerie, alimentations, transfos de commande) sont refroidis naturellement par convection, sans aucune ventilation forcée.

Un circuit de refroidissement ?

Non. Même les transformateurs de puissance immergés dans l’huile n’ont pas besoin d’un circuit actif pour produire ce bruit caractéristique : il existe aussi à vide, sans aucune circulation de fluide.

Il ne reste donc que deux éléments à l’intérieur d’un transformateur : des tôles et des enroulements de fil de cuivre ou d’aluminium. Le bruit vient forcément de l’un des deux, ou des deux à la fois.

Ce qu’il y a vraiment à l’intérieur d’un transformateur

Un transformateur, quelle que soit sa taille, repose sur un principe simple : deux bobinages (le primaire et le secondaire) enroulés autour d’un même noyau magnétique. Ce noyau n’est pas un bloc de métal plein. C’est un empilement de très fines tôles en acier au silicium, isolées électriquement les unes des autres.

Cet empilement en tôles fines n’est pas un choix de fabrication anodin : il sert à limiter les courants de Foucault, des courants parasites qui se formeraient dans une pièce métallique massive soumise à un champ magnétique variable, et qui provoqueraient un échauffement inutile. En feuilletant le noyau, on réduit fortement ces pertes.

Noyau magnétique feuilleté en tôles d'acier au silicium
Le noyau est composé de tôles très fines isolées entre elles pour limiter les courants de Foucault.

C’est précisément cette structure en tôles empilées, chacune libre de vibrer légèrement contre ses voisines, qui rend le bourdonnement possible.

La magnétostriction, l’origine réelle du bruit

Le phénomène responsable du bourdonnement s’appelle la magnétostriction. Il désigne la capacité de certains matériaux ferromagnétiques, comme l’acier au silicium des tôles, à changer très légèrement de dimensions quand ils sont soumis à un champ magnétique (pour une description technique complète du phénomène, voir le dossier de référence de Techniques de l’Ingénieur).

Le cycle se déroule ainsi, plusieurs dizaines de fois par seconde :

1

Courant alternatif 50 Hz

Le courant qui traverse l’enroulement primaire alterne en permanence entre valeurs positives et négatives.

2

Champ magnétique croissant

Ce courant crée un champ magnétique dans le noyau, dont l’intensité augmente progressivement.

3

Les tôles s’allongent

Sous l’effet du champ, les tôles se dilatent très légèrement, de quelques micromètres seulement.

4

Champ magnétique décroissant

Le champ diminue puis s’inverse à mesure que le courant repasse par zéro.

5

Les tôles se contractent

Les tôles reviennent à leur dimension d’origine, puis le cycle recommence.

Schéma du cycle de magnétostriction en 5 étapes
Le cycle de dilatation-contraction des tôles se répète à chaque alternance du courant.

Ces variations dimensionnelles sont infimes, de l’ordre de quelques micromètres, largement invisibles à l’œil nu. Mais elles se répètent en continu et se transmettent mécaniquement à la cuve, au bâti, puis à l’air ambiant sous forme de vibrations. C’est ce que l’oreille humaine perçoit comme un bourdonnement.

Pourquoi le bourdonnement est-il à 100 Hz ?

Sur un réseau électrique français à 50 Hz, on pourrait s’attendre à un bruit à 50 Hz. Ce n’est pourtant pas ce qu’on entend en pratique : la fréquence dominante du bourdonnement est le double, autour de 100 Hz.

La raison tient à la nature même de la magnétostriction : les tôles se déforment dans le même sens à chaque alternance du courant, qu’elle soit positive ou négative. Un courant positif dilate le noyau, un courant négatif le dilate également, puisque c’est l’intensité du champ magnétique qui compte, pas son sens. Résultat : le noyau se déforme deux fois par période complète du réseau. Sur un réseau à 50 Hz (50 périodes par seconde), cela donne 100 déformations par seconde, soit un bruit principal à 100 Hz — une valeur que confirme la norme internationale CEI 60076-10-1, qui encadre la mesure des niveaux sonores des transformateurs de puissance.

Courbe illustrant la déformation des tôles à chaque alternance à 50 Hz
Deux déformations par période à 50 Hz donnent un bruit dominant à 100 Hz.
GrandeurValeur
Fréquence du réseau (France)50 Hz
Déformations du noyau par période2 (une par alternance)
Fréquence dominante du bourdonnement≈ 100 Hz
Amplitude typique de déformationQuelques micromètres

Pourquoi certains transformateurs sont plus bruyants que d’autres

Si la magnétostriction explique l’origine physique du bruit, elle n’explique pas pourquoi deux transformateurs de puissance équivalente peuvent sonner très différemment. Plusieurs facteurs entrent en jeu.

Les principaux facteurs qui influencent le niveau sonore

  • Puissance : plus un transformateur est puissant, plus le champ magnétique dans le noyau est intense, et plus les déformations — donc le bruit — sont importantes.
  • Qualité des tôles : les tôles à grains orientés, de meilleure qualité magnétique, présentent un coefficient de magnétostriction plus faible que les tôles standards.
  • Serrage mécanique du noyau : un noyau mal serré laisse les tôles vibrer davantage entre elles, ce qui amplifie le bruit et peut créer des harmoniques supplémentaires.
  • Charge du transformateur : le bruit varie légèrement avec le niveau de charge, l’induction dans le noyau n’étant pas strictement constante.
  • Vieillissement : avec le temps, les fixations peuvent se desserrer, les isolants entre tôles se dégrader, ce qui tend à augmenter le niveau sonore perçu.

Un doute sur le comportement d’une armoire ou d’un transformateur sur votre site ? On en parle.

Discuter de mon projet

Flandre Systèmes — études électriques industrielles, France entière · 07 69 46 81 85

Quand un bourdonnement doit-il alerter ?

Le bourdonnement de fond, stable et discret, fait partie du fonctionnement normal d’un transformateur. Ce qui doit retenir l’attention, ce n’est pas le bruit en lui-même, mais son évolution.

⚠ Signal à surveiller

Un transformateur qui devient soudainement beaucoup plus bruyant qu’à l’accoutumée peut signaler un problème mécanique (desserrage du noyau, fixation défaillante) ou électrique (déséquilibre, début de défaut d’isolement, surcharge). Un changement brutal de tonalité ou l’apparition d’un bruit de claquement, de grésillement ou de crépitement n’est en revanche jamais normal et justifie une vérification rapide.

D’autres signes associés méritent également une attention particulière : une odeur inhabituelle (isolant qui chauffe), une élévation de température anormale au toucher du boîtier, ou des traces d’humidité ou de suintement sur un transformateur immergé dans l’huile.

Que faire si un transformateur bourdonne anormalement

Dans la très grande majorité des cas rencontrés en environnement industriel, un contrôle visuel et une mesure simple suffisent à lever le doute : vérification du serrage mécanique, contrôle de la charge réelle par rapport à la charge nominale, mesure thermographique pour repérer un point chaud, et relevé des harmoniques si le doute persiste sur une cause électrique plutôt que mécanique.

Si le transformateur alimente une armoire électrique industrielle ou fait partie d’une distribution plus large, ce diagnostic s’inscrit naturellement dans une étude électrique industrielle complète, qui permet de vérifier l’ensemble de la chaîne — dimensionnement, protections, échauffements — et pas seulement le symptôme sonore. C’est également l’occasion, si le transformateur est ancien, d’envisager un revamping de l’armoire plutôt qu’un simple remplacement à l’identique.

Le bourdonnement anormal n’est d’ailleurs qu’un symptôme parmi d’autres qui peuvent annoncer un arrêt de production d’origine électrique s’il n’est pas traité à temps. À l’inverse, certains composants comme les démarreurs progressifs présentent leurs propres signaux d’alerte thermiques, très différents du bourdonnement d’un transformateur mais tout aussi révélateurs d’un fonctionnement anormal.

Questions fréquentes sur le bourdonnement d’un transformateur

Un transformateur qui bourdonne est-il dangereux ? +

Non, dans la très grande majorité des cas. Le bourdonnement stable et continu est une conséquence normale de la magnétostriction des tôles du noyau. Il ne devient un signe à surveiller que s’il augmente brutalement, change de tonalité, ou s’accompagne d’une odeur, d’une surchauffe ou d’un bruit de claquement.

Pourquoi le bourdonnement est-il à 100 Hz et non 50 Hz ? +

Parce que les tôles du noyau se déforment de la même manière à chaque alternance du courant, positive comme négative. Sur un réseau à 50 Hz, cela produit deux déformations par période, soit une fréquence de vibration dominante d’environ 100 Hz.

Qu’est-ce que la magnétostriction ? +

C’est la propriété de certains matériaux ferromagnétiques, comme l’acier au silicium, à changer très légèrement de dimension sous l’effet d’un champ magnétique. Dans un transformateur, ce phénomène provoque des micro-vibrations du noyau à l’origine du bourdonnement.

Comment réduire le bruit d’un transformateur ? +

Plusieurs leviers existent : utiliser des tôles à grains orientés de meilleure qualité, améliorer le serrage mécanique du noyau, isoler la cuve du bâti par des supports antivibratoires, ou encapsuler le transformateur dans un caisson insonorisant lorsque le contexte l’exige.

Pourquoi un petit transfo (chargeur, transfo de sonnerie) bourdonne-t-il aussi ? +

Le principe physique est identique quelle que soit la taille : tant qu’il y a un noyau feuilleté et un courant alternatif, la magnétostriction s’applique. Le bruit est simplement beaucoup plus faible sur un petit transformateur, souvent à peine audible.

Un transformateur immergé dans l’huile bourdonne-t-il aussi ? +

Oui. L’huile sert au refroidissement et à l’isolation, pas à limiter le bourdonnement. Sur les postes de distribution, on entend d’ailleurs très nettement ce bruit caractéristique à proximité des transformateurs immergés.

Le bourdonnement varie-t-il selon la charge du transformateur ? +

Légèrement, oui. L’induction dans le noyau n’est pas parfaitement constante selon le niveau de charge, ce qui peut faire varier l’intensité perçue du bruit. Une variation forte et soudaine, en revanche, mérite une vérification.

Quelle est la différence entre le bruit d’un transformateur et celui d’un moteur électrique ? +

Un moteur produit un bruit lié à la rotation mécanique (roulements, ventilation, balourd), qui varie avec sa vitesse. Un transformateur n’a aucune pièce en rotation : son bourdonnement est purement d’origine magnétique et reste stable en fréquence tant que le réseau l’est.

Quand faut-il faire intervenir un professionnel sur un transformateur bruyant ? +

Dès qu’un changement de bruit s’accompagne d’un autre signe : odeur inhabituelle, échauffement anormal, déclenchement de protections, ou simplement un doute persistant après contrôle visuel. Une étude électrique permet de trancher rapidement entre un phénomène normal et un début de défaut.

Le bourdonnement d’un transformateur peut-il indiquer un mauvais dimensionnement ? +

Indirectement, oui. Un transformateur sous-dimensionné et régulièrement en surcharge peut présenter un bruit plus marqué et plus instable que la normale. C’est un des points vérifiés lors d’une étude électrique industrielle ou d’un projet de revamping.

Un transformateur ou une armoire qui vous inquiète sur votre site industriel ?

Un projet ? On en parle

Diagnostic, étude électrique ou revamping — France entière, intervention à distance possible.

Franck Bauchet — Flandre SystèmesIngénieur électricien, fondateur du bureau d’études Flandre Systèmes (Marck, Hauts-de-France). Études électriques, schémas d’armoires industrielles, revamping de machines et instrumentation pour PME et bureaux d’études à travers la France. Découvrir mon parcours.